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Le ciné des enfants perdus 2 : le retour

du ciné, mais pas que !

Lisez-moi n°9 a.k.a. L'hypernombrilisme du jour : La jeune fille de l'eau

Publié le 4 Mai 2013 par Vanessa TERTRIN in Lisez-moi, hypernombrilisme

En ce weekend un poil chargé côté perso, je vais éhontément me servir de ce que j'ai déjà écrit pour alimenter le blog. Autant le savoir. Voilà, voilà.

C'est peut-être le moins connu des films de M. Night Shyamalan mais je dois dire que je l'ai beaucoup aimé ! Et puis l'idée est venue de suite avec un titre aussi inspirant. Alors tout naturellement qu'il s'est imposé dans mon processus créatif ! Voilà donc pour vous en exclusivité mondiale, ma version de "La Jeune fille de l’eau". Et ça c'est la version française ! La version anglaise va suivre de près !

*******

10h22. Elle va bientôt arriver. Dans quelques minutes, elle sera là. Comment je suis coiffé ? Bon ça va. Rien entre les dents non plus ? Non, ça aussi, c’est bon. Merde ! J’ai oublié de me parfumer ce matin !! En même temps, elle ne l’aurait pas senti à travers la porte de mon bureau. Mais si je veux aller lui parler ? Tant pis, c’est pas important. Mais ça aurait été mieux, quand même… J’attends demain alors. Non, non, non. C’est encore une excuse pour te défiler mon petit vieux, pas question. C’est trop facile ! Pas cette fois. Cette fois, tu y vas.

10h23. Bon. Il faut que j’ai l’air occupé, ça fera mieux. Comme ça, elle va se dire que je suis un mec super important et tout, avec des responsabilités, c’est bien, ça. Je vais ouvrir ce dossier, éparpiller quelques feuilles. Voilà. Mince. Ça fait fouillis maintenant. Je vais ranger un peu finalement. Mais en même temps, si j’ai l’air trop occupé, elle va penser quoi ? Que je n’aurais jamais de temps à lui accorder. Et puis si ça se trouve, elle n’aime pas les gens trop importants ou qui se donnent des airs et tout. Sois modeste. Occupé, certes, mais modeste. Voilà. Et quand elle arrive, je décroche mon téléphone, comme si j’étais super concentré. Ouais mais c’est stupide, je vais pas décrocher mon téléphone pour le raccrocher directement après. Parce qu’elle ne reste pas non plus des heures donc… Non, oublie le téléphone. Je vais taper un truc sur l’ordi plutôt. Comme ça quand elle arrive : bam, je la vois, un petit signe de la main, j’ai plus qu’à me lever pour aller lui parler. Nickel.

10h24. Ok. Lui parler. Ouais. Qu’est-ce que je lui dis ? Comment je commence déjà ? « Salut, ça va ? » c’est amical, agréable, sympa. Mais comme c’est la première fois que je lui parle, je vais peut-être faire un peu moins « pote » : « Bonjour, ça va ? » Ouais, voilà. Ou « vous allez bien ? » c’est mieux. Mais ça met une distance le vouvoiement. Et d’un autre côté, ça montre que je la respecte. Non, je vais rester sur « ça va » parce que, au moins, c’est neutre. Ensuite. Je vais enchaîner peut-être sur une ou deux banalités. La météo, ça marche toujours. « Dis donc, il fait chaud aujourd’hui ! » Roh lala… c’est ridicule… Elle aura l’impression d’être chez le coiffeur, là. Ou les actualités ? Ouais mais tu parles pas comme ça du dernier accident mortel avec la fille que tu veux séduire, c’est pas top. Elle a toujours un MP3 ! Tiens ! C’est bien ça ! « Je me demandais ce que vous écoutiez » ou « Vous avez entendu le dernier Coldplay ? » Pas mal ça ! Ouais. Enfin, suffit qu’elle aime pas du tout et c’est mort. Et si elle écoute un truc que je déteste ? Qu’est-ce que je dis ? En plus, je vais être super déçu… Et puis j’enchaîne comment moi sur l’invitation à sortir ? La transition va être délicate. Ou alors faut que je trouve un concert qui colle dans le coin. Et puis je l’invite. Mais je connais pas du tout ses goûts musicaux. En plus c’est pas forcément super romantique un concert, comme premier rendez-vous. Ou sinon, je fais simple : « Bonjour ça va ? Vous avez passé un bon weekend ? » Ben bien sûr. De but en blanc. La fille, tu lui as jamais parlé et tu vas lui demander si elle a passé un bon weekend. Ou alors : « Bonjour, ça va -ça c’est bon- je me disais que c’était dommage de se voir toutes les semaines et de jamais se parler ! » Voiiiilààààà ! Nickel ! Pile ce qu’il faut ! Et là, c’est quitte ou double : soit elle dit oui et c’est bonnard, soit elle dit « bof » et je suis mal barré.

10h25. C’est pas vrai, ça passe pas, là, le temps ! Je suis au taquet là ! Bon. Mettons à profit le temps qu’il reste. Comment je lui demande après ? « Je me demandais si vous voudriez pas… ». Non. Trop pleutre. « Tiens, au fait, je me demandais si ça vous dirait d’aller boire un verre ? ». Ou aller au cinéma ? J’en sais rien. C’est peut-être trop tôt aussi. Ce serait mieux de commencer à lui parler cette semaine, et puis ensuite la semaine prochaine, recommencer en passant plus de temps avec elle, et dans trois semaines, c’est bon ! Je tente la demande ! Mais trois semaines c’est super long… J’ai déjà mis suffisamment de temps à me décider à lui parler pour ne pas continuer à en perdre. Le risque, c’est qu’elle me trouve trop rapide. Si c’est une fille un peu timide, ça va l’effrayer. Non, mais c’est pas une biche aux abois au fond de la forêt, non plus. Faut arrêter les conneries. Mais elle va se dire que je suis un peu trop entreprenant, non ? Quoique si elle ne m’a pas vu la regarder depuis tout le temps qu’elle vient ici, c’est qu’il y a un problème. Toutes les semaines. J’ai pas manqué un seul de ses passages. Tous les lundis, vers 10h30. Je l’attends tellement que maintenant je sais si elle est de bonne humeur ou pas. Si elle est fatiguée, elle ne sera pas trop maquillée. Elle se maquille pas beaucoup de toute façon. Si elle est de bonne humeur, elle fredonne la musique qu’elle écoute (d’ailleurs si j’avais été moins bête, j’aurais tendu l’oreille pour connaître ses goûts). Je me demande toujours si ses cheveux seront attachés ou non. J’aime bien quand ils sont détachés, ça lui donne un air de princesse de conte de fées, avec ses longues boucles qui coulent sur ses épaules. Mais finalement, je préfère quand ils sont attachés. Déjà parce que ça dégage sa nuque blanche et délicate. Aussi parce qu’elle laisse toujours quelques mèches retomber autour de son visage, ça la rend encore plus jolie. Mais surtout parce que ces jours-là, si j’ai de la chance, elle reste quelques minutes de plus pour se recoiffer. Je gagne d’infimes instants à la regarder… Mais l’instant que je préfère, c’est paradoxalement quand elle va partir. Parce que là, elle se retourne, et immanquablement, elle me fait un signe de la main et elle me sourit. Elle me sourit ! Si elle savait… Si elle savait que c’est ce sourire qui me tient éveillé toutes les nuits. Que c’est ce sourire qui me donne envie de me lever tous les lundis matins. C’est ce sourire qui me fait aller de l’avant. Et puis aussi, c’est ce sourire qui me fait me remettre en question : est-ce que je suis assez bien pour elle ? Est-ce qu’elle me trouve beau ? Pourquoi est-ce que je n’ai pas encore eu le courage d’aller lui parler ? Est-ce que j’oserai un jour ? Si elle savait….

10h26. Il ne se passe pas un jour sans que j’imagine ce que ça pourrait être d’être avec elle. Lui parler. La regarder et qu’elle me regarde aussi, droit dans les yeux. Passer ma main dans ses cheveux. L’embrasser. Lui tenir la main dans la rue. Ça doit être incroyable de tenir la main à une fille comme elle dans la rue, avec tous les autres mecs qui te regardent en se demandant comment tu as fait pour l’avoir. Je me vois en train de lui raconter tout ça, tous ces moments que j’ai passé à rêver d’être avec elle, à préparer le moindre mot que j’allais lui dire. Et je la vois, elle, riant en entendant mes bêtises. Je me vois, moi, lui racontant les rêves éveillés que j’ai pu faire en imaginant notre premier baiser, avec un scénario de plus en plus délirant à chaque jour qui passait. Non mais sans rire ! Je suis allé jusqu’à m’imaginer des catastrophes qui l’auraient obligée à se réfugier dans –mes bras- mon bureau, ou qui m’auraient amené à la sauver, me conduisant en héros admirable embrassant la belle à la fin du film…. Ouais… Du grand n’importe quoi, en fait. N’empêche que j’ai passé mes plus belles soirées comme ça. Mes soirées les plus torturées aussi. Car l’imaginer dans mes bras me procure un bonheur tel qu’il en devient douloureux. Quand mon rêve est terminé, que je reviens à la réalité et que je sais qu’elle n’est pas mienne, là c’est dur. Une drôle de sensation naît au creux de mes intestins, creuse un trou immense en moi, me déchire de l’intérieur. J’ai mal. Mal à en pleurer. Mon cœur se brise en tellement de morceaux infimes que j’ai l’impression que rien ne pourra jamais le réparer. Alors mes espoirs d’être avec elle se consument, partent en fumée. Et quand je crois qu’il n’en reste rien, elle arrive, me sourit, et tout renaît. Encore plus grand, encore plus fort. C’est tout ça que je voudrais lui dire, là, maintenant. Mais je n’en aurais jamais la force. Et surtout pas le courage. Arrête. Reprends-toi. Il ne faut pas pleurer maintenant, elle va arriver. Et puis de toute manière, jamais je ne pourrais lui dire ça ici, à la porte de mon bureau, au pied de la bonbonne d’eau qu’elle vient changer, dans un couloir où un collègue pourrait surgir à n’importe quel moment. Un jour je lui dirai que c’est à cause de moi qu’elle vient toutes les semaines. Je bois presque toute la bonbonne à moi seul. Et tous les vendredis je m’arrange pour ne partir que quand la bonbonne est vide. C’est bien mais ça fait pisser. Ça je lui dirais pas, par contre.

10h27. Oh non, mais c’est pas vrai ! Qui peut frapper à ma porte à cette heure-là ? Alors qu’elle va arriver dans quelques instants !! Oh bah mince ! C’est elle : la jeune fille de l’eau.

© Vanessa TERTRIN - 2013

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