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Le ciné des enfants perdus 2 : le retour

du ciné, mais pas que !

Lisez-moi n°8 a.k.a. L'hypernombrilisme du jour : Le 5ème élément

Publié le 30 Avril 2013 par Vanessa TERTRIN in Lisez-moi, hypernombrilisme

Chers petits choupis, merci à vous qui me lisez régulièrement, vous êtes sacrément croquignolets, je vous kiffe chanmé. Alors aujourd'hui rien que pour vos beaux yeux, voilà une autre déviance de ma matière grise pour laquelle je suis partie du titre du film de Besson : "le cinquième élément" pour en faire... ben... vous verrez. A lots of Kissous for you.

***

June avait toujours été une jeune femme sans histoires. Belle sans trop en faire, les autres femmes l’enviaient mais ne pouvaient la haïr tant elle était adorable. Posée mais enthousiaste, elle ne disait jamais non devant une main tendue, quelle que soit l’ampleur de la requête. Douée mais pas prétentieuse et loin d’être ambitieuse, elle faisait toujours bien son travail mais sa carrière ne la préoccupait pas et elle avait donc permis à son époux de se hisser dans les hautes sphères. Mère presque parfaite, elle avait une patience d’ange avec ses enfants qui le lui rendaient bien, suscitant l’admiration des autres mamans de son entourage. Et enfin femme aimante, elle était toujours présente pour son mari et jamais vous ne l’auriez entendu le dénigrer.

Lydia, quant à elle, était à l’inverse plutôt du genre nana à histoires. Propager des rumeurs était l’un de ses sports favoris, ce qui ne lui avait d’ailleurs pas valu que des amis. Sûre de sa beauté, elle jouait de sa plastique parfaite pour obtenir ce dont elle avait besoin : les autres femmes l’enviaient, et leurs maris la déshabillant du regard à chacune de ses apparitions, elles la détestaient. Son homme à elle, loin d’être jaloux, était fier d’avoir à son bras la plus belle femme de tous les environs. Elle élevait ses enfants de la manière la plus simple pour elle : en cédant à tous leurs caprices pour éviter les problèmes.

June et Lydia. Deux femmes différentes s’il en était. Et pourtant deux amies inséparables. Le secret de cette amitié résidait dans le fait que June ne se vexait jamais des propos que lui tenait Lydia. Et parce qu’elle seule savait lui dire non. Leurs maris s’entendaient cordialement, ainsi que leurs enfants, ce qui satisfaisait amplement les deux amies. Peu leur importait de toute façon l’avis des autres sur leurs liens si particuliers.

Alors, me direz-vous, comment pouvaient-elles se retrouver à présent en bas de l’escalier de la somptueuse maison de June, baignant dans l’immense mare rouge vermeil formée par le sang de leurs deux corps désormais livides ? Eh bien c’est qu’il faut dans l’histoire de ces deux couples, ajouter un cinquième élément.

Celui-ci se nommait Ben. Et si le prénom était commun, le personnage, en revanche était loin de l’être. Ce jeune dandy anglais avait débarqué dans la tranquille campagne française par un calme matin de mai. En visite chez sa vieille tante Milly, le britannique trentenaire s’était pris d’affection pour la vie dans le style « frenchy ». Et n’ayant rien de mieux à faire, il avait décidé de prolonger son séjour. Il avait d’ailleurs été d’autant plus motivé à rester lorsqu’il avait remarqué l’effet qu’il faisait aux dames des environs. Comment les blâmer d’ailleurs ? Toujours vêtu de costumes bien taillés, le jeune homme soignait également l’aspect de ses mains, de ses boucles toujours en place, de la peau fine et claire de son visage. Les pommettes hautes et saillantes soulignaient le regard bleu perçant et surlignaient une bouche à la moue boudeuse et charmante. Son délicat accent « so british » et son air un peu mystérieux ajoutaient au charisme indéniable du garçon. Il avait ce quelque chose de tout à fait indéfinissable qui le rendait sublimement irrésistible.

Ainsi, vous en viendrez certainement à vous demander comment ce jeune homme aurait pu penser une seconde à salir ses jolies mains blanches et fines en les tâchant du rouge violent sorti des veines des deux femmes. Et vous auriez raison de vous le demander. Ça n’est cependant pas encore la question qui devra nous intéresser. Revenons pour l’instant au pied de ce grand escalier, là où nous avons laissé les corps sans vie de nos deux amies. Le spectacle qui y était offert alors, dénotait de l’état habituellement impeccable de l’endroit. Lydia gisait en travers des marches, tenant encore dans sa main une bouteille de parfum rougie du sang de son amie. Mais le bras auquel appartenait la main était, lui, tourné totalement à l’envers accentuant l’effet étrange que présentait son épaule disloquée. Elle aurait été horrifiée de voir que son chemisier hors de prix était désormais irrécupérable car baigné de sang et déchiré par endroits. Et peut-être encore plus par les griffures et les hématomes sur ses bras et son visage. Que dire alors de l’aspect de sa chère poitrine maintenant qu’une de ses côtes l’avait percée ? Elle aurait tout de même été rassurée de voir que son amie n’avait rien à envier à son aspect déplorable. Une mèche des longs cheveux bruns de June était collée à sa tempe, masquant partiellement la plaie béante laissée par le flacon de parfum de luxe avec lequel sa meilleure amie lui avait violemment défoncé le crâne. Ses jambes fines étaient totalement découvertes, laissant apparaître les bas troués et filés. Seule une de ses chaussures lui était vaillamment restée fidèle, l’autre ayant volé jusqu’à la porte d’entrée. June reposait, quelle ironie, comme elle s’endormait tous les soirs : à plat ventre les bras le long du corps. A la différence que son cou tordu formait désormais avec le reste de son corps un angle assez improbable.

Rien ne bougeait plus à présent. Le calme était revenu dans l’immense maison. Quelques heures auparavant pourtant, tout n’était que dispute, violence, cris - hurlements même - bruits de verres qu’on brise, de tissus qu’on déchire, râles, cognements sourds d’un poing contre une mâchoire, d’un crâne qu’on fend et autres joyeusetés de cet acabit. Alors, c’est bien maintenant que nous pouvons nous interroger sur ce qui a amené ces deux sœurs de sang (vous saisissez l’ironie des termes, non ?) à s’entretuer. Parce que oui. Elles se sont entretuées. Pas de tierce personne guidant la main de la Faucheuse. Quoique… Quelque part, sans s’être réellement sali les mains, Ben n’était pas totalement blanc comme neige. Pour un homme, oui, bien sûr. S’entredéchirer pour un homme. Ne cherchons pas la complication, voulez-vous ? L’amour. Quoi de mieux que la passion comme motif du crime ? Vous pensez bien que Lydia n’avait pas pu s’empêcher de séduire le jeune Ben à son arrivée en France. Quelle tentation pour une femme comme elle : faire sien l’objet de toutes les convoitises était certainement son passe-temps préféré entre tous, et de très loin. Le garçon s’en était fort amusé et s’était dit qu’après tout, tant qu’à accrocher une femme plus âgée que lui à son tableau de chasse, autant la choisir plutôt bien faite. Il n’avait donc pas résisté bien longtemps. Côtoyer Lydia l’avait donc amené fatalement à se retrouver régulièrement en compagnie de June. Dès les premières soirées passées à ses côtés, Ben avait été fasciné par la jeune femme. D’autant plus qu’elle semblait résister à son charme légendaire, chose incompréhensible à ses yeux. Tout du moins qui ne lui était encore jamais arrivée. Il vit la chose comme un nouveau challenge à relever et s’appliqua dès lors à se faire doux, adorable et attentionné en vue de séduire la jolie June. Ce dont s’aperçut rapidement Lydia.

Et ce fut la première fois que la différence d’âge avec son amie la dérangea. Habituellement, Lydia voyait le fait d’être plus vieille que June de la façon la plus plaisante pour elle : elle avait l’expérience, l’avantage de la connaissance, le recul suffisant (bien que si vous avez encore en tête la description des deux femmes, vous saurez que la trentenaire était beaucoup plus posée et réfléchie que son aînée de dix ans). Le regard de Lydia sur sa bonne copine changea. Enfin elle vit à quel point June était belle. Pas seulement jolie, non. Belle. Sans artifice, qui plus est. Et ça faisait une réelle différence. C’est sur l’oreiller qu’elle fit avouer à Ben son attirance pour June. Et croyez bien qu’il devrait se rappeler de la crise de colère qui s’ensuivit. Il n’avait pourtant fait qu’expliquer à Lydia les raisons de l’intérêt qu’il portait à la jeune femme. Erreur. Notre amie ne supporta pas de s’entendre dire qu’elle était parfaite pour le sexe mais qu’elle manquait d’un soupçon de tendresse. Cependant, ce qui la fâcha le plus dans cette histoire, elle ne l’avoua jamais à Ben. Oh que non ! Mais elle le hurla à June en haut de l’escalier, juste avant de lui fracasser la tête. Quelle révélation ce devait être, n’est-ce-pas ? (Nous allons y venir, rassurez-vous.) Et pourtant, personne, par la suite, ne saurait expliquer la violente dispute qui précéda la mort des deux femmes. Même si Ben au fond, avait bien une vague idée, jamais il n’aurait pu deviner que l’indomptable Lydia, celle qui n’avait jamais offert son cœur à un homme (même pas à son mari, non) était tombée folle amoureuse de lui. Ainsi quand elle avait compris que les liens tissés entre June et son petit anglais étaient loin d’une simple amourette passagère, elle avait cru perdre la raison. Le seul homme qu’elle ait jamais aimé, pour qui elle se serait damnée, en aimait une autre (et pas n’importe quelle autre, sinon cette histoire perdrait de son intérêt n’est-ce-pas ?). C’est ce jour-là que Lydia décida de reprendre le contrôle sur les choses. C’est également ce jour-là qu’elle mourut et tua sa meilleure amie par la même occasion.

Lydia avait bien essayé de convaincre June de cesser de jouer avec son petit anglais, allant même jusqu’à avouer à son amie – bien à contrecœur - les sentiments qu’elle avait pour Ben. Mais June à son tour, annonça à Lydia qu’elle était profondément amoureuse du jeune homme. Horreur, immonde et improbable cauchemar pour notre quarantenaire : la passion de Ben envers June était réciproque et sincère. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque, loin d’être déstabilisée par ses menaces, son amie de toujours refusa avec véhémence de mettre un terme à son histoire d’amour. Jamais elle ne renoncerait à lui. Pour rien au monde. Pour personne, même pas pour Lydia. C’est là qu’elles comprirent en se regardant droit dans les yeux que l’issue de cette dispute serait fatale à leur amitié. Comment exactement en est-on venu à une issue qui leur fut fatale tout court, qu’est-ce qui fut dit, ça… Elles sont mortes d’amour, c’est chose certaine. Une fin certes plus poétique sur le papier que dans les faits avec bain de sang et cadavres à la clé. D’autant plus poétique, que nous ne saurons jamais pour quelle véritable raison, pour quel amour elles s’entretuèrent : uniquement par colère d’aimer le même homme ? Ou par désespoir de devoir choisir entre l’amour et leur inconditionnelle amitié ?

Ne pas savoir : c’est un peu énervant, non ?

© Vanessa TERTRIN - 2013

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L
trop forte la chute (et là aussi, t'as vu le jeu de mots??). Non sans rire, je relis encore une fois et je m'extasie de plus belle ;-)
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R
J'apprécie le jeu de mots à sa juste valeur, voilà quelque chose qui ne tombe pas à plat ! Mouhahaha ! Merci beaucoup ! J'en ai une autre toute neuve que je garde sous le coude et dont je suis assez fière mais c'est pas pour tout de suite ! ;) Suspense !
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