Hello, Hello les petits amis ! Comme je serai en déplacement de lundi à mercredi soir, je ne publierai pas d'ici vendredi je pense (ben oui je travaille aussi, accessoirement) donc voilà de quoi vous faire patienter avec mon interprétation du titre "Big", film de Penny Marshall avec Tom Hanks et pour ceux qui connaissent, vous verrez que ça n'a absolument rien à voir avec l'histoire du long-métrage. Je l'aime beaucoup celle-ci, j'espère qu'elle vous plaira et je vous dis à bientôt !
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D'après le titre : "Big" (Penny Marshall – 1988)
Blanche s’était assise sur la chaise recouverte de plastique posée au milieu de son salon. Elle allait enfin en finir avec tout ça. Elle avait enfin trouvé la solution à son problème. Parce que Blanche avait depuis toujours un problème qui lui bouffait la vie. Bouffer étant bien le terme adéquat. Elle était grosse. Très grosse. Grasse même. S’il y avait eu un championnat de gros, Blanche aurait certainement été sur le podium. C’était une de ces silhouettes sur lesquelles on se retourne dans la rue, un rictus incontrôlable de dégoût sur le visage en se demandant comment il est possible de s’infliger ça. Elle connaissait ces regards. Elle les voyait tous les jours. Elle savait que même les personnes les plus gentilles, les mieux intentionnées ne pouvaient s’empêcher d’avoir pitié d’elle et en même temps d’espérer ne jamais finir comme ça. Et même quand ces gens-là lui disaient de ne pas faire attention aux insultes des moins sympas, elle les entendait. Elle avait beau dire qu’elle avait l’habitude, qu’elle n’écoutait pas vraiment, que ça n’avait pas d’importance : chaque mot de chaque insulte à son encontre était un coup de couteau supplémentaire porté au plus profond d’elle-même. Au fil du temps, ces mots étaient même devenus plus présents, plus violents. Certains jours elle n’entendait plus que ça. « Baleine », « énorme », « gros cul », « horrible », « honte », « laide », « grosse », « mocheté », « tas de graisse », « monstre ». Au départ elle avait essayé de répliquer. Mais elle s’énervait, rougissait, bafouillait, transpirait et en devenait encore plus ridicule. Et puis elle n’avait pas la répartie suffisante. Elle trouvait toujours le bon mot des heures, voire des jours plus tard… Alors elle avait arrêté. Elle avait choisi une autre forme de parade. Elle ne sortait de chez elle que par la plus grande nécessité : aller au travail, ou à un rendez-vous médical, sinon, elle évitait de mettre un orteil dehors. Elle se faisait livrer ses courses et effectuait toutes ses démarches administratives sur le net. Le but était d’éviter les autres. Les gens normaux.
Petite, sa mère lui avait dit que c’était normal qu’elle soit grosse. Qu’elle formerait son corps de femme plus tard. Alors Blanche avait commencé à ignorer les remarques désobligeantes des autres enfants et à rêver, le nez dans les magazines ou collé sur les vitrines des boutiques de vêtements. Elle louchait sur les jambes interminables de cette passante, ou sur les fesses musclées et rebondies de cette autre. Elle se disait qu’un jour elle serait mince, fine, élancée et jolie comme sa maîtresse du cours moyen, qu’elle aurait plein de garçons à ses pieds, comme l’élégante voisine du dessus. Mais les années ont passées. Et Blanche a compris. Et Blanche a arrêté de se faire des illusions. Et Blanche est devenue encore plus grasse. A la fin de l’adolescence, elle avait même décidé de faire de sa largeur excessive un atout : elle deviendrait la femme la plus grosse du monde. Mais les insultes pleuvaient de plus belle, à la limite du supportable, annihilant son rêve de livre des records. Aujourd’hui, elle riait jaune devant ces émissions de télé et traitait de grosses dindes écervelées toutes ces femmes qui se vantaient de leur taille XXL et affirmaient « assumer leurs rondeurs ».
Et puis Blanche s’était trouvé un emploi dans une administration. C’était parfait. Elle passait sa journée enfermée dans son bureau, ses seuls contacts se faisant par mail, ou par téléphone. Ses interlocuteurs ignoraient pour la plupart de quoi elle avait l’air et c’était très bien comme ça. Elle faisait correctement son travail, personne ne la dérangeait et elle ne dérangeait personne. Elle était appréciée pour ses qualités professionnelles et ça lui suffisait. Jusqu’au jour où son chef de service lui présenta son nouveau collègue : Gabriel.
Gabriel était beau. Très beau. Il avait un teint de porcelaine, des cheveux châtains qui lui retombaient délicatement sur le front, un sourire à faire fondre le cœur de la reine de glace et surtout les yeux les plus incroyables que Blanche ait jamais vu. Ils étaient bleus, purs, changeaient légèrement au fil des saisons, ou suivant la couleur qu’il portait. Blanche avait la sensation que le regard de Gabriel la transperçait de part en part, lui permettant de deviner la moindre de ses pensées. Tant et si bien qu’elle n’osait jamais le regarder dans les yeux. Et si par mégarde elle croisait ce regard, Blanche sentait le rouge lui monter aux joues, impuissante, sans pouvoir retenir la chaleur qui envahissait son visage, la rendant plus honteuse encore.
L’arrivée de Gabriel changea le monde calme et tranquille de Blanche. Un nouveau problème se posait à elle : elle tombait amoureuse et voulait plaire. Mais comment plaire à un homme qui pesait moitié moins qu’elle ? Et surtout un homme qui pouvait avoir n’importe quelle femme au monde. Comment pouvait-elle rien qu’imaginer qu’il puisse y avoir un soupçon de semblant d’histoire entre eux ? Et pourtant. Pourtant, elle en passait des heures à rêver de lui, des journées entières parfois. Elle y pensait tellement souvent et tellement fort qu’elle aurait juré pouvoir sentir la main de Gabriel se poser sur sa joue ou effleurer doucement son bras. Elle savait que c’était impossible et pourtant la seule idée d’être auprès de lui la laissait haletante dans son lit bien des nuits. Mais bien qu’elle crevait d’envie d’hurler son amour pour lui, pour rien au monde elle n’aurait voulu qu’il sache ce qu’elle ressentait. Alors chaque jour, elle se taisait, le regardait en cachette, trouvait des prétextes pour se rendre dans son bureau et une fois arrivée là-bas, ne lui jetait pas un seul regard de peur qu’il ne devine. Et pour le plus grand malheur de Blanche, Gabriel était en plus quelqu’un de gentil et attentionné : il avait à chaque fois un petit mot pour elle. Rien de bien recherché, rien de spécial, mais pour elle, chaque mot qui sortait de la bouche de son demi-dieu personnel était la source d’un bonheur à durée indéterminée.
Blanche était assise au milieu de son salon et pensait à son Gabriel. C’est pour lui qu’elle avait réfléchit si longtemps au meilleur moyen de perdre du poids. Parce qu’il était finalement comme les autres, sensible aux charmes d’un corps féminin svelte et entretenu. Elle le savait. Depuis son arrivée, elle avait commencé à se maquiller, prenait soin de sa coiffure, s’était acheté de nouveaux et jolis vêtements. Il l’avait complimenté plusieurs fois d’ailleurs ! Mais ça n’était pas assez. Elle savait ce qu’il aimait. Parce que la jeune femme qui était venu le chercher l’autre jour était si délicate et si fine… totalement à l’opposé de Blanche.
Après avoir pleuré pendant toute une nuit, Blanche avait décidé que le seul moyen pour elle d’attirer l’attention de Gabriel était de maigrir. Seulement, plusieurs fois dans sa vie elle avait tenté de venir à bout de ses kilos en trop, en vain. Elle avait presque tout essayé. Presque tout. Après avoir réfléchi, et par déduction, elle en était arrivée à la solution parfaite.
C’est pourquoi elle était assise là, au milieu de son salon, sur une chaise qu’elle avait au préalable recouverte de plastique. Elle avait aussi appliqué une grande bâche plastique sur son parquet et avait disposé la chaise bien au milieu. En face elle avait installé un grand miroir.
C’était la meilleure solution. Comment avait-elle pu passer à côté toutes ces années ? C’était pourtant évident ! Elle sentait que les antalgiques commençaient à faire suffisamment d’effet. Elle allait pouvoir commencer. Après ça, son problème serait finalement résolu. Il la regarderait enfin comme elle voulait qu’il la regarde.
Elle empoigna fermement le grand couteau de cuisine et prit une grande inspiration. Pas d’inquiétude à avoir. Après tout elle s’était bourrée d’antidouleurs. Et puis on dit bien qu’il faut souffrir pour être belle.
Elle pinça un des bourrelets de graisse qui lui couvrait la taille. Être belle c’était ce qu’elle avait toujours voulu. Alors elle devait souffrir. Forcément.
Et elle commença à tailler. Elle voyait déjà dans le miroir la silhouette de rêve qu’elle allait se modeler elle-même.
Elle tailla encore. Plus personne ne se moquerait jamais de son poids. Elle souriait tout en faisant tomber des morceaux de chair dans la flaque de sang qui s’étendait à ses pieds.
Elle allait être parfaite.
© Vanessa TERTRIN - 2013
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