Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Le ciné des enfants perdus 2 : le retour

du ciné, mais pas que !

Lisez-moi n°1 a.k.a. L'hypernombrilisme du jour : La Haine

Publié le 27 Mars 2013 par Vanessa TERTRIN in Lisez-moi, hypernombrilisme

Wouaaaah la magie des nouvelles technologies qui permet de publier en différé ! Voilà un texte que j'ai écrit en partant d'un titre de film et en voyant ce que ces mots pourraient faire sortir de mon cerveau malade. C'est un concept que je développe actuellement. Pour ce texte-ci, je suis partie du titre "La Haine" de Matthieu Kassovitz. Enjoy !

***

Vomir sur ses pompes, son costard trois-pièces et sa BM. Voilà ce qu’il a envie de faire là, maintenant, tout de suite. Lui détruire sa tronche de vieux beau à coups de clavier Azerty. Lui agrafer les paupières. Et puis tout envoyer promener. Partir sans se retourner -ou alors juste une fois pour voir leurs tronches déconfites- et ne jamais revenir. Claquer la porte à en faire trembler les murs jusqu’au troisième étage. Jamais revoir sa face de rat imbu de lui-même. Il ne l’a pas félicité ou remercié une seule fois ! Pas une seule ! Par contre, pour lui faire des remarques ou l’engueuler comme du poisson pourri avec la porte grande ouverte et bien fort pour que tout le couloir en profite, ça : y’a du monde ! Mais si il n’était pas là, hein ? Qu’est-ce qu’il ferait ce grand con, s’il n’était pas là pour faire toutes les basses besognes ? S’il n’était pas là pour avoir les pieds sur terre et tout calculer, hein ? L’attacher sur une chaise au sous-sol du bâtiment et lui faire avaler toutes les pages de ces putains de dossiers, une par une. Lui arracher les ongles, lui couper les doigts et les lui faire bouffer. Lui enfoncer la tête dans son tiroir de bureau et aplatir le tout à grands coups d’écran trois pouces.

Non, non, non. Là il s’emporte. Jamais il n’arriverait à des extrémités pareilles. Bien que ce ne soit pas l’envie qui lui en manque. Mais quand il est comme ça, à lui faire d’interminables reproches, là il lui exploserait bien la tête. A chaque fois, il s’oblige à se calmer intérieurement, à respirer calmement, sans quoi, il se mettrait à hurler. A hurler sans plus pouvoir s’arrêter. Jusqu’à l’asphyxie. C’est ça qu’il voudrait faire. Le regarder dans les yeux, et lui hurler à quel point c’est un con. L’envoyer chier comme jamais on n’a envoyé chier qui que ce soit, qu’il s’en rappelle pour tout le reste de sa vie, qu’il ait peur. Oui, c’est ça : lui faire peur. Il adorerait lui foutre la trouille. La même trouille que celle qui lui tient les tripes tous les matins. Parce que lui il a peur.

Il a peur le matin quand il se lève. Il a peur quand il arrive au boulot. Il a peur à chaque fois qu’il voit le nom de ce vieux con s’afficher sur son téléphone. Il a peur à chaque fois qu’il met un pied dans ce bureau qui pue autant que son propriétaire. Et il a peur quand il part du bureau, peur d’avoir oublié quelque chose, de n’avoir pas signé un papier… Il a peur quand il se couche le soir, quand il se réveille au milieu de la nuit. Il a le ventre serré tous les matins à peine le pied posé par terre. La trouille lui retourne le bide. Il ne mange presque plus rien, il fume plus que jamais.

Et cette connasse, là, qui lui prend la tête dès qu’il a le malheur de se servir un petit verre pour décompresser le soir à la maison. Tu crois qu’elle comprendrait ? Tu crois qu’elle lui dirait de ne pas s’en faire ? Noooon ! Elle aussi elle lui fait des reproches ! Il n’a qu’à pas se laisser bouffer, et pourquoi il lui répond pas si ça l’énerve, et qu’est-ce qu’il a encore à se plaindre, il s’imagine peut-être que son boulot à elle est facile tous les jours… Des fois il se demande ce qu’il fait encore avec elle, tiens. Elle aussi : la balancer par la fenêtre de l’étage. Couper ses câbles de freins comme dans un feuilleton policier à deux balles. Des balles, ouais, des balles dans sa petite tête.

Mais si elle part, il sera seul. Complètement seul. Parce qu’il ne faut pas qu’il compte sur sa famille, ça, certainement pas. Si elle part, il aura une raison de plus d’avoir peur. Peur de finir tout seul. Peur d’avoir honte d’avouer à tout le monde qu’elle est partie. Parce qu’il sait très bien ce que tout le monde pensera. Sa famille surtout. Ils penseront que c’est de sa faute à lui, comme d’habitude. Qu’il n’était pas assez attentif, qu’il n’a jamais voulu lui faire d’enfants, ni acheter une maison. Et qu’il travaillait trop. Surtout qu’il travaillait trop. Ben tiens. Comme si c’était son boulot à elle qui payait les factures. Tu parles. Aucune reconnaissance, ni chez lui, ni au boulot. Nulle part. Les finir, tous, violemment.

Il se demande si il a de vrais amis. Ceux à qui il pourrait se confier, chez qui il pourrait se réfugier. Mais non. Pas de véritable ami. Ils sont là quand ils ont besoin de lui, d’un service, de fric, mais c’est tout. Se faire rincer, ouais, aider certainement pas. Alors pourquoi lui leur dit toujours amen, hein ? Parce que c’est un con. Un pauvre con. Voilà ce qu’il est. Comment il peut accepter tout ça ? D’être traité comme un moins-que-rien, par tout le monde ? Après tout, il est pas plus bête qu’un autre. Quoique…

En fait c’est ça.

C’est lui. Tout vient de lui. C’est lui qui se laisse faire. C’est lui qui a voulu ce boulot à tout prix. Il voulait travailler avec l’autre crétin. C’est lui qui a choisi sa nana. Il l’a voulue elle aussi. Il en a fait des trucs déments pour la mettre dans son lit et il aurait fait n’importe quoi pour qu’elle reste. Et sa famille ? Après tout, il ne les a pas choisis, eux. Mais il aurait pu leur répondre. Les envoyer balader. Affirmer son point de vue, ses idées ou même son existence. Mais non. Jamais. Il les a toujours laissé dire. Et ses copains ? Eux, il les a choisis. Il a surtout choisi de ne pas les rejeter. Pourquoi, il sait pas, mais il les a laissés s’installer, prendre leurs aises, empiéter sur sa vie. Quel con il est. Tout est de sa faute.

Il se hait.

© Vanessa TERTRIN - 2013

Publicité
Publicité
Commenter cet article
L
pfffff c'est même pas drôle... j'ai même pas envie de me lâcher dans une critique pseudo-intellectuello-politico-frédéricmitterano-littéraire après ça... rien à redire! c'est parfait. t'es chiante aussi à bien écrire! ;-) allez ma grande tu sais que je plaisante et que comme d'hab tes écrits sont géniaux... donc je vais faire ma Malaussène et crier &quot;la suite, bordel!&quot;<br /> biz
Répondre
L
ouais.. mais bon j'ai l'impression de la faire souvent celle-là! donc j'ai pris une grande résolution... et j'ai acheté un nouveau livre histoire de varier mes références (et non, pour pallier avant l'heure aux remarques perfides, c'est pas une impression illustrée d'une vie de jeune maman avec une couverture cartonnée, c'est un livre avec tout plein de mots dedans et pas d'image!)
R
Merci ma poule, j'aime Malaussène.
Publicité